lundi 19 juillet 2010
Parce que c’est important d’être «result oriented».
C'est pas parce qu'on est en vacances qu'on ne peut pas être efficace. Alors voilà : Après 12h de voiture, 4h d’avion, 6h de bus, 8h de pouce, 3h de ferry et 15 minutes de marche, nous sommes dans le cercle polaire.


C’en est fini de Bérénice Einberg
Hier soir, j’ai fini de lire L’avalée des avalées. Une suite d’événement ont fait que j’ai choisi d’apporter ce livre avec moi et je crois que je n’aurais pus trouver meilleur moment pour le lire. Ici, presque seule, avec ma colère à moi. Mais ici, presque seule, même complètement envoûtée par Bérénice Einberg, loin de mes repères et de ce qui m’emmerde, je n’ai rien pour harnacher ma colère à la sienne. Je dois la laisser se dissoudre et la faire couler avec le reste, dans mes artères. Le poison, à petite dose, ne me tuera pas.
J’ai rarement lu un livre avec autant d’attention, quel texte incroyable. Dans les deux dernières semaines, j’ai murmuré le nom de Bérénice Einberg plusieurs fois, à voix basse, pour le plaisir de l’entendre, et pour croire qu’elle existe un peu. Même l’écrire est agréable. Peut-être que je devrais appeler mon enfant Bérénice-Einberg Dupuis, juste pour pouvoir le prononcer plus souvent, sur tous les tons. Très cyniquement, je me dis que plus jeune, j’aurais dû lancer Le petit Prince par la fenêtre et y laisser entrer Bérénice. Je me demande bien ce qu’aurait dit mon père si j’avais peint sur la tasse que je lui ai offert, au lieu d’un petit bonhomme blond au regard vide, une petite fille laide au visage en colère empoignant un chamort. Qu’est-ce que je serais devenue si au lieu de me chercher un foutu renard à apprivoiser, je m’en étais fait un bouclier pour m’abriter moi aussi des mitraillettes?
J’ai rarement lu un livre avec autant d’attention, quel texte incroyable. Dans les deux dernières semaines, j’ai murmuré le nom de Bérénice Einberg plusieurs fois, à voix basse, pour le plaisir de l’entendre, et pour croire qu’elle existe un peu. Même l’écrire est agréable. Peut-être que je devrais appeler mon enfant Bérénice-Einberg Dupuis, juste pour pouvoir le prononcer plus souvent, sur tous les tons. Très cyniquement, je me dis que plus jeune, j’aurais dû lancer Le petit Prince par la fenêtre et y laisser entrer Bérénice. Je me demande bien ce qu’aurait dit mon père si j’avais peint sur la tasse que je lui ai offert, au lieu d’un petit bonhomme blond au regard vide, une petite fille laide au visage en colère empoignant un chamort. Qu’est-ce que je serais devenue si au lieu de me chercher un foutu renard à apprivoiser, je m’en étais fait un bouclier pour m’abriter moi aussi des mitraillettes?
La route des Fjords ou le vide devant soi
La route qui fait le tour des Westfjords est sans aucun doute le trajet plus magnifique que j’ai fait de ma vie. À part bien sûr, Montréal-Québec sur la 20. Il reste que ce petit bout de terre effiloché au nord-ouest de l’Islande ne donne pas sa place en terme de courbes. Étrangement, la route qui longe les côtes permet seulement de voir d’où l’on vient. Plus on avance, plus le paysage derrière nous se dévoile, apparaît plus grand, plus haut, plus vert. Devant, ce n’est toujours et encore qu’un mur rocheux d’un côté et la mer de l’autre, séparé par quelques mètres de route non pavé. Si j’avais été au volant, j’aurais sûrement manqué une courbe et plongé dans l’eau, hypnotisée par la beauté que je laisserais derrière. C’est une étrange trajectoire à contre-sens, parce que pour en voir plus derrière, il faut aller vers le vide devant. Puis, à un certain moment, tout disparaît, on est pris en souricière entre la roche et la mer, le temps d’une courbe et ça recommence. Les Westfjords sont comme une main à mille doigts que nous aurons parcourue littéralement un pouce à la fois, sans perdre le nord, mais malgré tout un peu étourdies par notre propre mouvement.
C’est seulement pendant nos trois jours à Bildudalur que nous avons eu la chance de découvrir un peu la culture locale parce que le reste du temps, on était sur la route. Ce petit village est littéralement au fond d’un trou, un trou de fjord bien entendu, et est donc bien emmitouflé dans les grosses montagnes enneigées. Fortement endeuillée par la mort de mon appareil, j’ai malgré tout réussi à retrouver le sourire en allant visiter le Skrímslasetrith, le Icelandic Sea Monster Museum. Le musée est un peu moins impressionnant que son nom, mais reste toutefois un charmant endroit pour découvrir le folklore des gens de la région. Dans ce qui ressemble à un grenier de grand-mère, sombre et poussiéreux, rempli de poissons empaillés, de vieux filets de pêche et de spécimens déformés dans le formol, on retrouve sur des écrans, et dans des livres, quelques de témoignages de gens âgées stipulant avoir vu l’un monstre marin «répertorié» en Islande. La spécificité de la région de l’Arnafjordur, serait que c’est le seul endroit où les quatre types de monstres (dit répertoriés) auraient été vus. L’imaginaire autour de ces monstres est tout ce qu’il y a de plus cliché, ils sont couverts d’algues, ils mangent des huîtres mais attaquent des hommes, ils apparaissent seulement les jours d’épais brouillard, etc. Je n’ai pas vraiment laissé mon esprit critique ni mon cynisme m’envahir durant la courte visite. S’il y bien une chose que je ne veux pas castrer, c’est l’imaginaire et s’il y a un endroit sur terre où je veux bien croire qu’il y a des monstres, c’est probablement dans les fjords islandais. J’ai vraiment aimé l’esthétique de l’endroit, sombre, poussiéreux, entretenant le mystère, comme si les visiteurs, en entant dans ce musée formé d’une seule pièce, devenaient de connivence, partageaient le grand secret des témoins des monstres marins.
Autant on ne sait pas pourquoi les gens qui passent tout droit ne s’arrêtent pas, autant on ne connaît pas les motifs de ceux qui s’arrêtent. Avec notre premier lift, un couple d’allemands à la retraite, on s’est arrêté pour se baigner dans un hot pot nowhere sur le bord de la route, au fond d’un fjord. Plus tard, comme dans un rêve, on s’est fait embarquer par deux autres allemands mais plus hippie avec un westfalia jaune serin, somptueusement peint jaune et brun à l’intérieur. Puis, comme dans un cauchemar, ils nous ont débarqué 10 km plus loin, parce qu’on était trop lourde avec nos sacs pour leur VW 50 hp. Au milieu de nulle part, sur un chemin de garnotte en train d’être re-garnotté, on s’est fait sauver par un jeune lituanien thanatologue et volubile et sa blonde blonde de six pieds très sympathique, avec qui l’on s’est arrêté plusieurs fois pour photographier le paysage.
La dernière ride de cette journée interminable était certainement la plus étrange de toutes. Après presque deux heures d’attente et sûrement moins de vingt voitures passées, une minuscule firefly passablement chargée s’arrête! Un grand homme en sort et commence à tasser ses choses pour nous faire une place. Ce monsieur, avec une fascinante ressemblance à Steve Buscemi (surtout au personnage de Seymour dans Ghost World, malaise compris), étrange mais très gentil, enseigne l’ingénierie maritime, publie une sorte d’almanach maritime et a un bateau de pêche. Il faisait son voyage annuel autour de l’Islande pour mettre son livre à jour. Il nous a pratiquement fait un cours de géographie et de culture islandaise en accéléré. Il était très cultivé, hyper intéressant à écouter. Ses histoires étaient discrètement parsemées de ses opinions sur son pays. Nous n’avons jamais compris où il allait vraiment mais il est venu nous porter à destination, à notre hostel à Isafjorur. Lorsqu’il a débarqué nos sacs, il nous a regardé un moment et a dit, d’un air austère : «Vous savez, vous faites les mêmes erreurs que tous les autres voyageurs. Vous avez trop de bagages et pas assez d’argent». Il nous a salué de façon expéditive et est reparti. Alors que nous étions dans notre chambre, la réceptionniste est venue cogner à notre porte. Jòn (je crois que c’est son nom) venait de repasser porter les gants que j’avais oubliés dans sa voiture.
L’homme à la phrase bizarre me hante encore. Je n’arrive pas à décoder le sens de son message. J’ai beaucoup réfléchi à mes bagages et je trouve que j’ai plutôt réussi à voyager léger cette fois-ci. Et l’argent…on en a jamais assez, surtout en Islande. Mais faire du pouce dans les Westfjords n’était pas réellement une question d’argent en plus…Il y avait une forme de déception dans sa façon de le dire. Peut-être que c’est sa façon d’être en général. Il était si plié dans sa petite voiture (son 4x4 était brisé qu’il nous a dit), ça avait quelque chose de pathétique mais d'affranchi à la fois. Peut-être qu’il parlait de lui dans le fond, puisqu’on ne parle toujours que de nous-même.
À propos.
Les Islandais disent que les Westfjords sont une autre Islande. En effet, c’est une région peu accessible, tracée d’une route simple et sinueuse, qui épouse les courbes des fjords comme lorsque l’on dessine sa main sur une feuille. Les villages y sont peu nombreux, peu populeux et difficilement accessibles par bus. Comme nous sommes arrivé un jour de pas d’autobus, nous avons décider de faire notre chemin sur le pouce. En Islande, il n’y a rien de moins dangereux, c’est plutôt commun et apparemment assez facile.
jeudi 15 juillet 2010
Mes amis islandais
C'est pas parce qu'on voyage à deux qu'on est nécessairement auto-suffisant sur le plan amical. Voici les photos de quelques rencontres...

Il s'est approché de moi tout seul, comme un vrai champion! Pas besoin de vous dire qu'on a tout de suite échangé nos coordonnées!
t
Comité d'accueil de Saeberg

Oyster catchers. D'après notre expérience, ce sont les gardiennes de la ville.
Vigie Ouest.

Vigie Est

Morue de l'atlantique. Pas super jasante.

Renards en série. Les deux en avant sont cousins, me semble.
Il s'est approché de moi tout seul, comme un vrai champion! Pas besoin de vous dire qu'on a tout de suite échangé nos coordonnées!
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Comité d'accueil de Saeberg
Oyster catchers. D'après notre expérience, ce sont les gardiennes de la ville.
Vigie Ouest.
Vigie Est
Morue de l'atlantique. Pas super jasante.
Renards en série. Les deux en avant sont cousins, me semble.
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